À l’ère de l’Anthropocène, où l’empreinte humaine transforme irrémédiablement les paysages et les écosystèmes, repenser notre relation au vivant devient une nécessité urgente. L’accélération technologique et consumériste nous éloigne du monde naturel, effaçant les interactions subtiles qui nous relient à lui. Cette époque est souvent abordée sous l’angle de la catastrophe écologique. Pourtant, la nature, loin d’être une victime passive, résiste, se recompose et persiste. Elle ne disparaît pas : elle s’adapte, surgit sous des formes inattendues, insaisissables, parfois dérangeantes, révélant ainsi sa force et sa capacité à échapper aux logiques de contrôle.
Cette exposition explore ces tensions et mutations en mettant en lumière les espaces où l’action humaine et les forces naturelles s’entrelacent. Loin d’une vision figée ou soumise du monde vivant, les œuvres de Gohar Martirosyan, Babette Robertson et Morgane Porcheron témoignent d’un monde en perpétuelle métamorphose. Entre mémoire et disparition, matérialité et effacement, elles révèlent des paysages transitoires, fragiles et instables, où la nature façonne de nouvelles dynamiques, échappant aux cadres établis et redéfinissant sans cesse sa place face aux bouleversements causés par l’homme.
Au cœur de cette réflexion se joue un face-à-face entre l’intervention humaine, marquée par une volonté de s’imposer, et la résilience du monde naturel, en quête d’équilibre et de renouveau. La résistance de la nature interroge notre perception du cycle du vivant : là où nous voyons destruction, elle produit un renouvellement perpétuel.Comme l’affirme l’écologiste et philosophe Tim Flannery, la nature ne connaît pas de véritable fin : elle se transforme, se métamorphose, mais ne s’efface jamais totalement.
À travers la peinture, la sculpture et la vidéo, les artistes réunies ici dévoilent ces processus invisibles. Leurs œuvres examinent des espaces de transition, des zones liminales où la nature reprend ses droits sur l’espace construit, où elle subsiste dans l’ombre, sous nos pieds ou dans des lieux en marge. Elles proposent une lecture du monde vivant non plus comme un espace domestiqué, mais comme un territoire de résistances et de dynamiques souterraines.
L’exposition invite à un déplacement du regard. Elle nous engage à observer ce qui, souvent, échappe : les vestiges d’un paysage en devenir, les traces d’une présence organique en perpétuelle reconfiguration, les points de contact entre la présence humaine et la force intrinsèque du vivant. Elle pose ainsi une question essentielle : comment cohabitons-nous avec un monde vivant qui, loin d’être vulnérable, demeure bien plus résilient que nous ne l’imaginons ? Comment dépasser une logique de domination pour envisager une relation fondée sur l’interaction et l’écoute ?
Ces œuvres nous invitent à reconsidérer notre perception du vivant et à reconnaître les forces invisibles qui, dans le silence, façonnent notre environnement.
Exposition du 12.02.26 au 18.02.26
Lieu : Le Shakirail, 72 Rue Riquet, 75018 Paris
Vernissage le 12.02, du 18h30 à 21h30, en présence des artistes
Horaires exposition : du 11h à 19h