L’exposition « Ce que la langue ne traduit pas » explore les notions de mémoire et d’« entre-deux », un espace liminal situé entre passé et présent, ici et ailleurs. Présentée par MINERVA au sein de la Fédération ASIEMUT, elle résonne particulièrement avec la mission de cette structure engagée dans l’accompagnement et l’intégration des populations sinophones et, plus largement, des migrant·es asiatiques à Paris.
Le cadre spécifique de l’association ASIEMUT, situé dans le 10ᵉ arrondissement, confère à l’exposition une dimension singulière. Ce lieu est à la fois un espace d’apprentissage, de rencontre et de transition, où se dessinent de nouveaux parcours de vie. Dans ce contexte, le travail de Zhifang Tang entre en résonance avec le lieu qui l’accueille. Ses œuvres évoquent des formes de déplacement qui ne sont pas seulement géographiques, mais aussi symboliques : passages entre systèmes d’écriture, entre mémoires culturelles, entre expériences individuelles.
La calligraphie occupe une place centrale dans la pratique de l’artiste. À travers elle, Zhifang Tang convoque une tradition millénaire tout en l’inscrivant dans un dialogue contemporain. L’écriture devient ici bien plus qu’un système de communication : elle se transforme en geste, en rythme et en image. Les caractères apparaissent comme des formes visuelles autonomes, capables de produire du sens même pour celles et ceux qui n’en maîtrisent pas la lecture. Face à ces signes, le regard oscille entre compréhension et mystère, entre reconnaissance et étrangeté.
Certains idéogrammes convoqués par l’artiste portent en eux une densité symbolique particulière. Le caractère chinois « 华 », par exemple, signifie à l’origine fleur et évoque l’épanouissement et la vitalité. Il renvoie également à l’idée d’éclat et constitue l’abréviation du terme « 中华 » (Zhonghua), qui désigne la civilisation chinoise. À travers ce signe se condensent ainsi des notions de beauté, de mémoire et d’appartenance.
Réalisées à l’encre sur papier de riz, selon les techniques traditionnelles, les œuvres de Zhifang Tang dépassent la simple dimension textuelle de l’écriture. Elles invitent à une expérience sensible où le regard se confronte à une langue parfois inconnue, qui devient espace de projection et d’interprétation.
Dans ce lieu associatif, la présence de ces œuvres d’art acquiert une dimension particulière. Ils rappellent que toute langue est aussi une expérience du seuil : un espace où l’on hésite, où l’on cherche ses mots, où l’on traverse l’inconnu pour progressivement habiter une nouvelle forme d’expression.
Destiné aux apprenant·es des cours de langue de la Fédération ASIEMUT, cet atelier d’écriture a été animé par l’artiste Zhifang Tang et la poétesse Tristan Félix.
Les participant·es étaient invité·es à rédiger une lettre ou une carte postale adressée à une personne absente, réelle ou imaginaire : un message jamais envoyé ou une lettre qu’ils auraient aimé recevoir. Aucune contrainte de langue ni de forme n’était imposée, laissant à chacun·e la liberté de s’exprimer dans la langue de son choix.
En résonance avec les thèmes de l’exposition Ce que la langue ne traduit pas, cet atelier a offert un espace d’expression autour de la mémoire et de la transmission.
Les textes produits ont ensuite été rassemblés au sein de l’installation participative Lettres en suspens, présentée dans l’espace d’exposition.
Animée par le maître de thé Gu Xiang De Cha, cette cérémonie invite les participant·es à découvrir l’art du thé chinois à travers un moment de partage, d’attention et de contemplation.
Au fil de la dégustation, le public est initié aux gestes, aux techniques de préparation et à la diversité des thés artisanaux du sud de la Chine. Bien plus qu’une simple dégustation, la cérémonie du thé constitue une pratique culturelle où le temps ralentit et où chaque geste participe à une expérience sensible.
En résonance avec l’exposition Ce que la langue ne traduit pas, cette rencontre offre une autre manière d’appréhender la transmission culturelle : à travers les rituels et les savoir-faire, au-delà des mots.
Crédits photos : Florence Vahl